L’idée m’est venue un jeudi soir, entre deux biberons et une pile de linge à plier. Et si on partait, nous, les filles, juste un week-end ? Pas un spa. Pas un brunch. Un truc qui décoiffe : la moto. J’ai lancé le message dans la conversation WhatsApp du groupe. Trois réponses en dix minutes, dont un « je n’ai pas de moto mais je m’incruste ». On a cherché des itinéraires, des étapes, des coins où dormir sans se ruiner. Et c’est là qu’on est tombées sur relais-motard.com, un blog tenu par des gens qui roulent vraiment et qui racontent leurs trajets, leurs haltes, leurs bonnes adresses. Rien à vendre, juste du vécu.
Depuis, nos week-ends ont changé de forme.
Pourquoi la moto parle autant aux femmes qu’aux hommes
On m’a souvent demandé si je n’avais pas peur. Peur de quoi, au juste ? De tomber ? De me perdre ? De ne pas savoir réparer une chaîne sur le bord de la route ? La réponse honnête : un peu de tout, mais surtout peur de m’ennuyer. La moto, c’est un rapport au corps et à l’espace qui n’a rien à voir avec la voiture. On sent les variations de température, l’odeur des champs coupés, le vent qui change de direction à l’approche d’un vallon. On ne traverse pas un paysage, on le respire.
Et puis il y a la question du regard des autres. Dans un relais routier du Cantal, un serveur a demandé à mon amie Élodie si elle attendait « son homme ». Elle a répondu qu’elle attendait son café. Douze ans que je roule, et ce genre de scène arrive encore. Pas tout le temps, mais assez pour qu’on en parle entre nous, à chaque halte.
Ce que j’aime, dans les blogs de voyage à moto comme relais-motard.com, c’est qu’on y trouve des récits de route sans posture. On y lit les galères, les détours ratés, les nuits dans un gîte douteux. La moto n’y est pas un accessoire de mode. C’est un moyen de locomotion qui impose son rythme et ses contraintes. Pour une femme qui débute, c’est rassurant de lire ça. On comprend vite que le plus dur n’est pas la conduite, mais l’organisation.
Le week-end moto, version filles : mode d’emploi
Notre premier trip à trois, on l’a préparé comme une expédition. Trop, sans doute. Cartes papier, application GPS, checklist imprimée. Résultat : on a passé la première heure à chercher un chemin qui existait déjà sur la carte.
- Deux jours maximum pour une première sortie. Au-delà, la fatigue se transforme en tension.
- Une étape à moins de 200 kilomètres de l’arrivée, pour garder du temps sur place.
- Un hébergement avec un vrai parking clos, pas une place de rue annoncée comme « sécurisée ».
- Et une règle simple : celle qui n’a pas envie de rouler un jour ne culpabilise pas.
La beauté de ces week-ends, c’est qu’ils cassent la routine sans demander trois semaines de congés. On part le samedi matin, on rentre le dimanche soir, et le lundi on a l’impression d’avoir vécu une petite aventure. Le linge peut attendre. Le reste aussi.
Ce que ça change dans la tête
Il y a un moment précis, souvent en fin d’après-midi, quand la lumière descend et que la route se vide. On roule en file indienne, chacune dans sa bulle, et pourtant reliées par un fil invisible. C’est là que les conversations intérieures se font. Sur soi, sur ce qu’on veut garder, sur ce qu’on veut lâcher.
Je ne vais pas prétendre que la moto règle les problèmes. Elle ne les règle pas. Mais elle les déplace. Le corps fatigué, l’esprit occupé à lire la route, on n’a plus beaucoup d’énergie pour ressasser. Et quand on s’arrête, on parle d’autre chose. De la qualité du bitume. D’un virage pris trop large. D’un sandwich trop cher. C’est bête, et c’est exactement ce qu’il fallait.
Pour celles qui hésitent encore, mon conseil tient en une phrase : commencez par une journée, pas par un tour de France. Louez une machine, empruntez-en une, inscrivez-vous à un stage de perfectionnement. Le reste suivra.
Quant à nous, le prochain départ est déjà calé. Trois filles, deux motos, un side-car pour la troisième. On ne sait pas encore où on dormira le samedi soir. On sait juste qu’on partira.










