J’ai compté, une fois. Quarante-deux jours de voyage en dix-huit mois, dont onze seule, et un constat bête : ce n’est pas la destination qui m’a posé le plus de problèmes, c’est la valise. Plus précisément, ce qu’il y avait dedans. Une jupe en lin achetée à Lisbonne que je n’ai jamais portée, un gilet trop chaud pour Séville en avril, et trois paires de sandales qui n’ont vu qu’un trottoir.
Depuis, je pars avec une liste courte et des vêtements que je connais. Pour préparer un itinéraire, je lis beaucoup, et je reviens souvent sur localtravelnet.com, un magazine voyage indépendant où les itinéraires sont détaillés étape par étape, avec les conseils pratiques qu’on ne trouve pas dans les brochures. C’est devenu mon point de départ avant de choisir une destination, parce que savoir où l’on va change tout ce qu’on emporte.
La mode et le voyage se ressemblent plus qu’on ne le croit. On croit qu’il faut tout prévoir. On finit par porter les trois mêmes pièces.
Partir seule, c’est surtout une question d’organisation
Il y a un fantasme autour du départ en solitaire. La liberté, l’inconnu, la rencontre. Tout ça existe, mais ça pèse moins lourd qu’un sac mal fait. Sur place, personne ne portera votre valise dans l’escalier du troisième étage, personne ne gardera votre sac pendant que vous essayez une robe, personne ne vous dira que la gare de nuit, dans cette ville-là, vaut mieux évitée.
J’ai passé une nuit à Catane sur un banc, à attendre un train qui n’est jamais venu. Ce n’était pas dangereux, juste long, et mal préparé. Un peu de lecture avant le départ aurait tout changé : horaires réels, fréquence des trains régionaux en Sicile, alternatives en bus. Ce genre de détail ne relève pas de l’aventure, il relève du b.a.-ba.
Ce que j’ai appris en dormant mal, c’est que la préparation d’un voyage ressemble à une routine beauté : on ne saute pas les étapes de base, on adapte le reste à la peau du jour.

Ce qui reste dans la valise
Mes trois règles, après plusieurs années à me tromper.
- Deux bas, pas plus. Un jean qui tient trois jours, une jupe longue qui fait soirée et plage.
- Des chaussures déjà portées au moins dix fois. Les ampoules gâchent des journées entières.
- Un foulard grand format, qui devient serviette, oreiller, protection contre le vent du ferry ou écharpe le soir.
Et une trousse minimaliste, parce que les pharmacies de quartier dans le sud de l’Italie ou dans le nord du Portugal vendent à peu près tout ce qu’on oublie. Vérifiez juste les marques avant d’y compter.
Lire avant de partir, vraiment lire
Il y a une différence entre feuilleter un guide pour cocher des cases et prendre une heure pour comprendre comment fonctionne un pays. Le rythme des repas. Les horaires de sieste qui ferment les boutiques entre 14 heures et 17 heures dans certaines villes. Les jours où les musées ferment, souvent le lundi, parfois le dimanche matin selon les régions. Le coût réel d’un taxi après minuit.
Ce sont ces détails qui décident si trois jours quelque part sont reposants ou épuisants. Une amie a passé une semaine en Andalousie en août en prévoyant de visiter à pied toute la journée. Elle est rentrée épuisée, elle n’a rien vu de l’Alhambra qu’elle attendait depuis dix ans.
Je suis assez tranchée là-dessus : on ne « découvre » pas une ville en trois heures de marche sous 40 °C. On la subit. Mieux vaut moins de sites, plus de pauses, plus de temps assise à regarder.
Le harnais de sécurité, version féminine et discrète
La plupart des conseils de sécurité s’adressent aux hommes, ce qui n’aide pas beaucoup. Ce que j’utilise : une copie numérique de mes papiers envoyée à moi-même par mail, un téléphone chargé en permanence avec batterie externe, et une appli de partage de position avec deux personnes de confiance, activée quand je me déplace seule le soir.
Le reste tient à du bon sens qui ne se dit pas assez dans les magazines : dîner tôt, ne pas annoncer à voix haute l’hôtel où l’on rentre, choisir un hébergement avec une réception ouverte 24 heures pour les deux premières nuits, au moins. Ça coûte un peu plus. Ça change tout à l’arrivée.
Et quelque chose qui ne se lit nulle part : la fatigue fait perdre la moitié de sa vigilance. Quand j’ai commencé à voyager seule, je planifiais des journées de dix heures. Aujourd’hui, je m’arrête vers 17 heures, je rentre à l’hébergement, je me douche, je ressors pour dîner. Ça paraît peu. C’est beaucoup plus agréable.
Voyager, ce n’est pas une compétition
Il y a une pression idiote à cocher des pays. Je l’ai eue, la trentaine passée, à comparer mes road trips avec ceux des autres sur les réseaux. Cinq villes en huit jours. Trois pays en une semaine. Instagram adore ça, le corps déteste.
Une destination bien choisie, explorée à fond, avec du temps pour flâner dans un marché et rentrer à pied, ça nourrit davantage qu’un itinéraire marathon. Je préfère encore passer quatre jours dans une seule ville du sud du Portugal que d’enchaîner trois capitales en dormant dans des trains.
Bref, la valise, l’itinéraire, la sécurité : trois choses qu’on prépare posément avant de fermer la porte. Le reste, les rencontres, les détours, la lumière de fin d’après-midi sur une place vide, ça ne se planifie pas. Et c’est tant mieux.










